Quatre ans de ALL IN : voir évoluer la conversation sur l’IA

Beaucoup de choses peuvent changer en quatre ans, surtout dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Kyle Murray-Zelmer, de Venn, a participé à chaque conférence ALL IN depuis la toute première édition en 2023, ce qui lui a permis d’observer de près la rapidité avec laquelle la conversation autour de l’IA a évolué. Chaque année a couvert beaucoup plus de sujets qu’un seul thème pourrait résumer, mais avec le recul, une idée semble avoir particulièrement marqué chacune des conférences.

Cette progression en dit autant sur l’évolution du rôle de l’IA que sur la technologie elle-même.

2023 : L’ESPOIR

Lors de la toute première conférence ALL IN, une grande partie de l’enthousiasme portait sur ce que l’IA pourrait rendre possible dans des domaines où il était traditionnellement difficile de réaliser des progrès significatifs.

Une présentation qui a particulièrement marqué Kyle était celle du Dr Rene Caissie. Sa fille a développé un syndrome douloureux régional complexe à l’âge de huit ans et a souffert de douleurs extrêmes avant de finalement recevoir un diagnostic. Caissie a ensuite cofondé Medeloop, une plateforme de recherche médicale qui utilise des données de santé à grande échelle et l’IA pour soutenir les chercheurs qui travaillent sur les maladies rares et d’autres défis médicaux. Sa fille a finalement pu recevoir un traitement efficace.

Cette histoire reflétait bien le sentiment qui entourait l’IA à l’époque. La technologie était impressionnante, mais ce qui comptait davantage, c’était ce que les chercheurs, les scientifiques et les entrepreneurs pourraient accomplir grâce à elle.

On avait le sentiment que l’IA pouvait aider à s’attaquer à des problèmes qui semblaient jusque-là hors de portée.

2024 : LA DÉMOCRATISATION

À peine un an plus tard, la conversation avait déjà changé.

En 2024, des capacités sophistiquées en matière d’IA et de données devenaient accessibles à beaucoup plus de personnes et d’entreprises. Les startups occupaient une place plus importante à ALL IN, tant dans la programmation de la conférence que parmi les fondateurs venus de partout au pays, et le Canada atlantique faisait partie de cette évolution.

Des entreprises comme Data Farms, basée à Terre-Neuve-et-Labrador, appliquaient des capteurs avancés et des logiciels au secteur agricole, tandis que Profitual, basée au Nouveau-Brunswick, développait une technologie d’analyse financière pour les entreprises. Ces entreprises étaient très différentes, mais elles illustraient le même changement de fond. Des capacités qui exigeaient autrefois d’importantes ressources techniques devenaient de plus en plus accessibles à de petites équipes.

L’IA n’était plus principalement une conversation sur ce que les grands établissements de recherche ou les entreprises technologiques mondiales pourraient éventuellement accomplir. Les fondateurs et les petites entreprises commençaient eux-mêmes à bâtir avec cette technologie.

2025 : LE RISQUE

À mesure que l’adoption s’accélérait, un autre aspect de la conversation devenait de plus en plus difficile à ignorer.

En 2025, le risque occupait une place beaucoup plus centrale dans les discussions entourant l’IA. Une séance plénière sur la cybersécurité a réuni Jennifer Arnold de Minerva, Norman Menz de Flare, Patricia Thaine de Private AI, Pascal Fortin de Cybereco et Jocelyn Auger de Fasken. Leur discussion a exploré la façon dont l’IA transformait le paysage des menaces, notamment son utilisation dans la fraude, le blanchiment d’argent et l’ingérence étrangère, ainsi que la possibilité que les systèmes commerciaux d’IA deviennent eux-mêmes des cibles.

Le ton n’était pas devenu hostile à l’IA. La conversation devenait simplement plus mature.

Les organisations pouvaient voir les possibilités, mais il devenait de plus en plus difficile de parler sérieusement d’adoption sans tenir compte également de la sécurité, de la gouvernance et des façons dont ces mêmes capacités pourraient être utilisées à mauvais escient.

2026 : L’EXPANSION STRATÉGIQUE

Cette année, un autre changement était manifeste. Pour Kyle, l’expansion stratégique décrit le mieux ce qui s’est démarqué à ALL IN 2026.

L’IA semble de moins en moins être une technologie distincte avec laquelle les organisations expérimentent, et de plus en plus quelque chose qu’elles doivent apprendre à intégrer à leurs activités quotidiennes. La conversation s’est déplacée vers les réalités concrètes de son utilisation efficace, tout en répondant aux questions liées à la sécurité des données, à la conformité et à une adoption responsable.

La dimension internationale était également particulièrement visible cette année. Le ministre Evan Solomon a présenté de nouvelles initiatives de collaboration entre le Canada et l’Allemagne autour des technologies d’IA souveraine et d’une IA responsable et digne de confiance, tandis que d’importants nouveaux investissements dans l’IA canadienne ont été abordés dans plusieurs annonces et ententes présentées pendant la conférence.

L’ampleur de ces conversations est très différente de celle des débuts de ALL IN, il y a quatre ans.

L’IA n’est plus définie principalement par des démonstrations de ce que la technologie peut accomplir. L’attention se tourne de plus en plus vers ce que les organisations en feront réellement, la façon dont elles géreront les conséquences de son utilisation et les domaines où elle crée suffisamment de valeur pour justifier un changement dans la façon dont une entreprise fonctionne.

QUATRE ANS, QUATRE CONVERSATIONS TRÈS DIFFÉRENTES

En regardant l’ensemble des quatre conférences, l’évolution est frappante.

En 2023, une grande partie de l’enthousiasme venait de l’imagination de ce que l’IA pourrait éventuellement rendre possible. En 2024, ces capacités devenaient accessibles à beaucoup plus de fondateurs et d’organisations. En 2025, l’adoption généralisée rendait les questions liées aux risques beaucoup plus urgentes. Cette année, la conversation s’est de plus en plus concentrée sur la façon d’intégrer l’IA aux organisations de manière utile, responsable et durable.

L’IA donne aux petites équipes accès à des capacités qui pourraient transformer ce qu’elles sont en mesure de bâtir et la rapidité avec laquelle elles peuvent tester de nouvelles approches. En même temps, le simple fait d’avoir accès à cette technologie devient de moins en moins significatif à mesure que cet accès se généralise.

Les questions les plus difficiles concernent maintenant les domaines où l’IA crée une véritable valeur, ce qu’elle change pour le client et si elle oblige les entreprises à repenser leur façon de fonctionner, voire ce qu’elles vendent.

Ces questions deviendront probablement encore plus importantes à mesure que la technologie continuera d’évoluer.

Si les quatre premières années de ALL IN nous ont appris quelque chose, c’est que la conversation dominante autour de l’IA peut changer remarquablement vite. Lorsque ALL IN sera de retour en 2027, la question qui définira l’événement pourrait bien être une question qui commence à peine à émerger aujourd’hui.